LA MONTAGNE DE LURE – LES CHARBONNIERES 30-09-2025
Bonjour à toutes et à tous,
Aujourd’hui nous allons marcher dans la montagne de Lure et découvrir les charbonnières Nous sommes 11, la température est douce, le soleil est présent, nous allons passer une belle journée. Nous débutons notre marche au pied de l’Abbaye. Notre-Dame-de-Lure est blottie au creux de la combe de Morteiron. A l’ombre des tilleuls et du noyer centenaires, il règne dans ce lieu retiré et mystérieux, une grande sérénité. Fondée durant la seconde moitié du XIIe siècle, l’abbaye a été un site de passage incontournable pour les colporteurs droguistes. Ils parcouraient la montagne pour cueillir les plantes aromatiques et médicinales puis partaient les vendre dans les villes proches ou lointaines. La Montagne de Lure a eu « deux vies », une pastorale dont les vestiges sont les nombreux jas, et une charbonnière. Moins connue, elle n’en était pas moins importante. Découverte de ces vestiges par une balade en forêt que nous découvrons par une montée assez soutenue. Nous parvenons sur un replat où des anciens fours métalliques finissent leurs vies dans un cadre enchanteur, la montée continue, une petite clairière apparait, quelques champignons aussi (vraiment pas beaucoup) puis c’est le sommet de notre randonnée. Quel dommage la vue est brouillée par une brume lointaine, nous distinguons tout de même la silhouette de la roche Amère et le plateau de Ganagobie, Banon tout petit. C’est magnifique. Un peu de goudron, nous redescendons vers la station pour y prendre notre déjeuner. Des bancs nous y attendent, le soleil est apprécié. Un bon gâteau de Josiane, les chocolats de Brian et les nougats de Renée, nous les remercions d’avoir régalé nos papilles. Quelques nuages viennent troublés la température pour entamer notre descente, au départ le chemin n’est pas très bon mais très vite nous cheminons dans une hêtraie dont les arbres sont extraordinaires, nos imaginaires vagabondes. Nous apercevons au loin la chapelle en pleine restauration, nos véhicules sont au pied.
Nous avons parcouru 8 kms – 430 m dénivelé – IBP 51 – pourcentage montée 12,32 % avec quelques pentes à 17 %
Bonne rando soutenue pour une reprise : bravo à toutes et tous, Jacky nous remercie, mais c’est nous qui devons la remercier pour cette superbe journée pleine de joie et de bonne humeur.
A bientôt pour d’autres découvertes.
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Un peu d’histoire sur les charbonniers
LA MEULE
Produire 5 tonnes de charbon de bois occupait une famille un mois :
Nivelage du sol, coupe, bref séchage et portage à dos d’homme de 30 tonnes de feuillus1, création d’une meule2, isolation externe par 10 cm d’argile coiffant 20 cm de mousses et de feuilles humides, pose de baragnes3. Succédaient 3 jours d’allumage à l’aide de 300 kg de petit bois et de seaux de braises par un conduit central. Après une phase de fumée jaunâtre due aux vapeurs de goudron, il était obturé quand la suée4 blanche virait vers 300° au bleuâtre. Puis la semaine exigeait nuit et jour la surveillance de la meule afin de gérer son tassement graduel et enrayer un départ de feu. Des évents en périphérie réglaient la carbonation, une fumée transparente en révélait la fin. Suivaient le décroûtage au râteau de la coiffe d’argile, le tiédissement du charbon de bois, 5 jours de démontage attentif au risque d’embrasement, le refroidissement, et enfin le transfert muletier en couffes vers le pesage. Le produit final devait être de couleur bleu acier et rendre un son cristallin, signes de qualité. Les sites, nommés « charbonnières », peuvent dater du Moyen-Âge. Ils resservaient dès la repousse de la forêt proche, soit environ 25 ans. Le nivelage du sol était ainsi réduit et la charbonille de la meule précédente aidait à l’allumage de la nouvelle. L’activité s’étendait de mai à novembre.
LE CHARBON DE BOIS
C’est le résidu de la combustion partielle du bois isolé de l’air. Il fut d’abord estimé pour sa valeur calorifique : Gavé d’oxygène, à l’aide d’un soufflet par exemple, il peut atteindre des températures que certaines activités imposent (forges, métallurgie, verrerie, etc…). Elles sont interdites au simple bois qui s’enflammerait avant de pouvoir les atteindre… C’est un combustible léger à transporter et facile d’emploi chez soi. Il ne noircit pas l’extérieur des récipients et ne nécessite pas de cheminée. Sa fumée n’est ni salissante, ni trop incommodante dans une pièce fermée… Il a aussi d’autres utilisations : c’est un élément constitutif des enduits réfractaires et de la poudre à canon. sa porosité fixe les toxiques dans les filtres à eau et les masques à gaz. il amende le sol en retenant l’humidité, les germes nutritifs, et les microbes utiles. il servait aussi autrefois à conserver la viande et les œufs. Les sacs de charbon de bois destinés aux barbecues d’aujourd’hui ont une origine industrielle…
LES CHARBONNIERS
Des Piémontais, puis des Lombards, évincèrent des forêts au XlXème siècle les Auvergnats qui y travaillaient depuis toujours. Ils menaient la vie précaire des tâcherons, assez méprisés des autochtones. Quelques poules, leurs œufs, de la polenta, les produits de la chasse et de la cueillette, du lait et du fromage de chèvre, des pommes de terre troquées contre du travail aux champs, assuraient les repas. Les chèvres friandes de jeunes pousses étant jugées être un facteur de déboisement, les gardes-forestiers n’en toléraient que deux par famille avec enfant(s), et une dans le cas contraire. L’abri bas et exigu (± 4 m²) du charbonnier solitaire résistait bien au vent. Le bâti en branches de son toit portait des feuillages coiffés de terre. Sa porte faite d’un fagot s’ouvrait sur la meule car la surveiller était « la » priorité. Un lit de ramilles, une niche murale et un foyer entre deux pierres meublaient l’intérieur. Les outils, des ustensiles de cuisine, une lampe-tempête et quelques vêtements pendaient. Les familles habitaient plutôt des cabanes faites de bric et de broc. Beaucoup se feront naturaliser avant le conflit de 1939 face aux lois limitant l’emploi d’immigrés. Les fours métalliques mobiles, l’arrivée du confort à domicile à partir des années 1950, la pétrochimie et les importations du charbon de bois d’Espagne ruineront cette activité.
LES FOURS MÉTALLIQUES MOBILES
Aisément démontables, ils se véhiculaient dans les coupes de bois. Certains récupéraient le goudron et les gaz. Des indochinois amenés de force, des forestiers, les « Chantiers de Jeunesse Vichystes8 », puis des prisonniers allemands les utilisèrent dans les années 1940. Ce matériel exigeait peu de pratique et de vigilance, il méprisait la pluie. La cuisson était rapide, le résultat moyen. Usagers alors visés, les camions à gazogène digéraient ce produit peu cher. Dédaignant ces rivaux indignes de leur savoir-faire, les charbonniers traditionnels furent pourtant obligés de se reconvertir peu à peu en dépit d’un regain d’activité sous l’Occupation lié à l’autarcie rurale et au manque de carburant. Ils choisirent le plus souvent de rester travailler dans les forêts en devenant bouscatiers ou scieurs de long.
EN RANDONNANT
Un œil exercé repérera des charbonnières à proximité ou sur des chemins, une aire circulaire d’au moins 30 m² est totalement horizontale et plate, parfois grâce à un dégagement périphérique dans une pente ou à un muret en partie enterré. Cette zone dénote dans le cadre… la végétation est rare ou absente bien que l’abandon du lieu excède aujourd’hui 70 ans. Mais les exceptions croissent inexorablement et tous ces témoignages du passé disparaîtront sous peu… la terre reste noire en creusant avec le talon. les ruines d’un abri de charbonnier peuvent jouxter. Il peut rester les traces d’une citerne, les rares sources du massif de Lure pouvant avoir nécessité de stocker l’eau. Il est moins assuré au cours d’une sortie en forêt de croiser un four métallique mobile entier qu’une base, les coiffes ayant souvent été recyclées en récipients géants dans les campagnes pour le transport du raisin pendant la période des vendanges. Diamètre 2,50m.
Reportage et photos signés Cathy D.

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