LA TOUR DE PORCHERES

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LA TOUR DE PORCHERES 

jeudi 11 janvier 2024

Me revoilà pour notre 2éme sortie de l’année, nous sommes 13, ne soyons pas superstitieux, bien au contraire aujourd’hui c’est notre jour de chance, après un temps désagréable et un doute sur notre départ, le soleil est revenu. Que demander de plus. Départ en face du superbe château de Sauvan, le chemin est propre pas de gadoue, nous arrivons très vite devant la tour de Porchères. On sait qu’en Haute Provence, tout est subtil : loin du clinquant et de la mise en scène, la vérité du pays n’apparaît que par sa fréquentation fidèle, l’adaptation à son rythme et une attention à tous ses éléments. Ses édifices romans, prieurés ou chapelle, sont d’une beauté élégante et d’une extrême simplicité. C’est l’utilisation de la pierre, l’équilibre des masses et des appareillages qui en dégage toute la sérénité. Mais à côté de ces monuments religieux, il est des monuments plus modestes qui n’attirent guère l’attention.

Parmi eux, non loin de Saint Michel l’Observatoire, se dresse la « tour » de PORCHERES. Il s’agit d’une haute construction rectangulaire ne comportant que de rares ouvertures et directement

construite sur le rocher dans un bel appareillage de pierre locale. Il faut dire que le site de Porchères fut, dès l’antiquité, exploité pour ses pierres et les carrières se découvrent sur plusieurs hectares.

Une belle porte en arc brisé entourée de grands claveaux donne beaucoup de grâce à cet ensemble à l’architecture austère. Au milieu de ces murs puissants, les ouvertures sont minuscules et ne ressemblent pas à des meurtrières. L’intérieur comporte deux niveaux voûtés, le niveau du bas ayant été aménagé en chapelle par Léon de Berluc Perussis qui s’y fit inhumer. Mais toutes ces inscriptions attirent notre curiosité, un questionnement sur la destination de cet ouvrage, sur sa vocation ?

En parlant de « tour », on pense inévitablement à une tour de guet, à un aménagement militaire. Pourtant, nous avons vu que rien, dans son apparence, ne relève de l’architecture militaire et elle ne marque notamment aucune limite médiévale dans cette Haute Provence morcelée en petites unités militaro-géographique. Henri Paul Eydoux qui a passionnément fréquenté les monuments méconnus nous propose une solution : il s’agirait tout simplement d’une grange médiévale ! Nous ne pouvons oublier que la vocation économique de la Haute Provence est une vocation agricole. Ici, nous sommes dans une zone d’élevage. Pierre Martel nous apprend que l’origine du nom vient des « porchères » c’est-à-dire des enclos en pierres sèches servant à élever des porcs. Il a estimé leur nombre à 400 enclos. La grange pouvait donc servir d’entrepôt pour les activités liées à cette production. En Haute Provence, les émotions naissent de l’accord de l’homme avec le monde qui l’entoure. Un simple édifice utilitaire de la vie quotidienne laborieuse, à l’écart des sentiers battus, au milieu des champs de thyms, participe à notre géographie des bonheurs possibles.

On ignore si c’est à la fin du XII e ou au début du XIII e Siècle que la Tour de Porchères a été édifiée, mais en tout état de cause, elle domine toujours, à notre époque, un très vaste secteur géographique avec vue panoramique qui peut expliquer l’origine de sa construction : une tour de guet et de veille peut-être. Mais bien des suppositions et des supputations restent d’actualité, comme une tour grange c’est-à-dire utilisée à des fins agricoles. L’hypothèse  ‘’Tour de Garde’’ est accréditée par la présence aux trois fenêtres supérieures, de banquettes à mi-épaisseur des murs, assorties de boulins (trous dans le mur destinés à la construction d’échafaudages) servant sans doute à édifier des plateformes provisoires  à l’extérieur. on toit, culminant à 13 m de hauteur, est couvert de lauses. Bâtie à même le rocher, avec des murs très épais de 1,30 m  elle comporte deux niveaux : le rez-de-chaussée voûté en berceau brisé  (voûte qui présente la face de son arc -ou intrados- faite d’une courbure en deux parties se rejoignant au sommet en formant une sorte de pointe) et un étage identique. La ’’verrue’’ se trouvant sur la face nord-est, et servant de sacristie a été ajoutée lors de la transformation de la tour en chapelle. Entre sa construction et 1550, on ne sait à peu-près rien de la tour. C’est à cette date que la famille de Sebastiani en devient propriétaire. Quelques années plus tard, en 1591 une garnison de défense s’installe lors des luttes de la Ligue (guerres de religion du début du XVII e  S.). La peste, qui sévit en 1631, ravage le hameau, et la Tour de Porchères sert alors de refuge aux familles survivantes…

Longtemps après, en 1834,  Fortuné de Berluc-Perrussis acquiert cette Tour de   Porchères. Son souhait est de la transformer en chapelle. Il décède avant de voir la fin de cette transformation.

Après le décès de son père, en 1854, Léon de Berluc-Perrussis en devient propriétaire et termine les travaux initiés par celui-ci. Elle devient chapelle, le 29 septembre 1861… « M. l’Abbé Terrasson, Chanoine doyen de Forcalquier a procédé, en vertu de l’autorisation de Mgr. Marie-Julien Meirieu, Evêque de Digne, à la bénédiction de la Chapelle, par nous fondée dans l’ancien donjon seigneurial de Porchères…  le nouveau sanctuaire a été dédié à l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, sous le patronage secondaire de Sainte Hélène…Le procès-verbal de cette cérémonie, a été consigné par M. l’Abbé Terrasson en tête d’un registre spécial où seront successivement consignés tous les faits importants qui s’accompliront à N. D. Porchères ». Durant la seconde guerre, en 1944, la Tour de Porchères, située non loin d’un point de parachutages, a servi de cache d’armes à la Résistance.

Plus près de nous, en décembre 2002, on célébrait le centenaire de la mort de Léon de Berluc-Perrussis. A cette occasion lors d’un rassemblement à la Tour de Porchères, un de ses  sonnets,  gravé sur cuivre a été apposé dans la Chapelle, et on rappelait que le grand Maître Mistral, son ami, confiait: « Il a mené à mes côtés la barque du Félibrige ».

Reprenons notre chemin tranquillement, après un petit sentier, nous descendons en direction de St Michel l’Observatoire que nous apercevons rapidement ainsi que son moulin à vent sur le haut d’une colline environnante. Bien sur nous sommes descendus, donc il a fallu remonter pour rejoindre un autre chemin qui nous a conduit vers une superbe ruine, après l’avoir contournée et observée sous toutes ces coutures nous avons poursuivi notre route en direction de l’ancienne carrière de pierres de Mane. Cette carrière est abandonnée depuis au moins trente ans (en témoigne le numéro de téléphone inscrit sur la roche et qui est dans un format assez ancien) mais elle a plus ou moins repris vie depuis quelques temps.

Pas par des machines qui cherchent à extraire des pierres pour le château du village, ou des constructions massives, non, cette activité est révolue, mais par des graffeurs qui en ont fait une toile géante où chacun s’essaie au graff avec plus ou moins de réussite (plutôt « moins » que « plus », il est vrai). Certains tags sont particulièrement réussis. C’est une pierre du Midi issue de la mer du Miocène. Le fils aîné du maître maçon Laurent Vallon de Mane est l’auteur de la chapelle de la Visitation qui abrite aujourd’hui le cinéma de Forcalquier. D’autres descendants ont été les architectes des plus beaux hôtels et monuments publics d’Aix du XVIIIè et XIXè. Traditionnellement les pierres étaient extraites à l’escoudo, pic à tranchant étroit et long manche souple avec lequel les carriers creusaient d’étroites saignées délimitant le bloc sur deux ou trois faces. Puis avec des coins en bois gonflés d’eau ou en acier, ils faisaient céder son dernier lien avec le banc de roche. Dans le front de taille des années 1960, la haveuse a fait ses découpes horizontales et verticales indépendamment du pendage. Le banc de roche est traversé verticalement par une diaclase que les eaux des pluies d’orage, chargées d’acide carbonique, ont élargie, laissant sur ses bords déchiquetés l’argile brune de décomposition. Nous repartons sur le chemin du retour, le pas se presse, la fraîcheur tombe, un bon gâteau et un chocolat chaud nous attendent près des voitures. Encore une belle après-midi, nous remercions Annick pour son excellent gâteau ainsi qu’Odile pour son bon chocolat. Nous avons marché 7 kms pour 180 m de dénivelé.

A bientôt sur d’autres chemins. Cathy.

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