CERESTE PAR LE NID D’AMOUR-LE TUNNEL-CARLUC

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Aujourd’hui nous partons pour faire un voyage dans l’histoire.

Nous sommes 12 dont 2 hommes, c’est toujours rassurant d’en avoir au moins 2. Du parking de la chapelle de Pitiè ou Chapelle des Pénitents blancs : Construite au XVIIe s., cette chapelle fut le refuge de René Char, poète et résistant français, pendant la seconde Guerre Mondiale, nous partons découvrir ce village qui n’a pas fini de nous surprendre par la richesse de son passé.

Il y a 50 millions d’années, au début de l’éocène, les bassins d’Apt et de Céreste étaient recouverts d’un grand lac intérieur. Le climat de type tropical, avait développé une faune et une flore très riche qui se retrouve dans plaques très fines de calcaires schisteux jusqu’à oligocène. Ces nombreux fossiles correspondent à une flore riveraine (myrica, nymphaea, salix, etc.) et à des poissons, mollusques et insectes.

L’accès facile des sites fossilifères permettait leur pillage quasi organisé. L’action du Parc naturel régional du Luberon a permis de le faire diminuer de 95 %. La commune fait aujourd’hui partie du périmètre de la Réserve naturelle géologique du Luberon, en raison de la proximité à ces sites fossilifères exceptionnels.

Village médiéval sur la Via Domitia :

Ancienne cité romaine de Catuiaca, puis cité « Ceresta » au 13ème siècle. La localité apparaît pour la première fois dans les textes en 1054 (Cicereste). Bien que son étymologie ne soit pas clairement établie, elle est rapprochée de celle du Ceyreste (proche de La Ciotat), aux origines prégrecques et préceltiques (Kitairesta), formé d’un terme signifiant « mont ».

Enserré entre la montagne du Luberon et la vallée du Calavon, Céreste présente la particularité d’avoir deux pôles historiques : le village ancien qui s’enroule autour du château médiéval,  et lui faisant face au bord de la route héritière de la voie romaine, une bourgade vouée au commerce et aux voyageurs qui s’est développée dès le XIe siècle.

Déambulant au travers des rues et des maisons moyenâgeuses, nous passons sous la porte Notre Dame pour descendre vers le nid d’amour. Situé à l’entrée des gorges de l’Encrême, ce lieu dont le nom se veut évocateur d’étreintes champêtres est en fait un nid froid et humide, ce site est néanmoins joli, avec sa fontaine citerne sous voûte de pierre, son bassoin est alimenté en plus par deux jaillissements du rocher. En contrebas, l’Encrême coule vive dès les pluies, dans une végétation presque tropicale. Par un chemin agréable nous arrivons jusqu’au gué, vestige de la Via Domitia, restauré au moyen âge. Nous remontons pour parvenir sur la via ferrata (ou voie férrée) dont subsiste un tunnel. C’était la ligne Cavaillon – Volx et embranchement vers Forcalquier, elle a été construite sous le Second Empire pour desservir le nord du Luberon et c’est en 1877 que Apt, sous-préfecture du Vaucluse est reliée à Avignon par un embranchement qui prend naissance à Cavaillon. Un itinéraire Avignon—Manosque avait déjà été construit par le P.L.M. pour relié Avignon à la ligne Marseille—Veynes—Briançon—Grenoble. En 1879 le prolongement vers Volx avec une antenne sur Forcalquier est inscrite au plan Freycinet et réalisée. L’exploitation est ouverte en 1890.

Il fallait 3h30 pour relier les deux terminus distants de 78 Km. Deux trains dans chaque sens assuraient les mouvements voyageurs. En 1933 seul le service marchandises persiste entre Apt et Volx, les relations voyageurs étant assurées par des autocars. En 1941 la section Saignon—Babiaux St Michel est abandonnée puis en 1961 la section de Forcalquier est à son tour abandonnée, seule la carrière de pierres de N.D. des Roches donne encore du trafic marchandises assuré par des 141 R mazoutières du dépôt de Marseille. Toute circulation cesse en 1970. La section Cavaillon—Apt cesse son activité en 1989 et en 1987 des wagons de sucre en solution aqueuse étaient encore livrés aux magasins généraux Vauclusiens qui étaient embranchés. Le tunnel ainsi traversé, nous fait ressortir vers le côté nord du village. Nous remontons sur la colline d’en face lieudit Carteret pour commencer vraiment notre randonnée sur le sommet de ce versant, par un sentier très agréable, de par sa végétation, nous avons marché sur de la moquette jusqu’au Grand Clapier.

Nous arriverons finalement au milieu de celui-ci, au milieu d’un immense rempart de pierres encore entassées sur plusieurs centaines de mètres de long ; autrefois de 3 à 5m de haut, et 10 à 20m de large, c’est aujourd’hui un rempart écroulé  dont on peut évaluer l’importance par le volume de pierres demeurant sur le site. Une construction humaine incroyable. Parcours chaotique sur le haut du rempart, observant avec curiosité et de vastes trous qui pourraient matérialiser l’emplacement d’anciennes tours. Pour défendre leur position, les tribus de l’époque construisirent un mur fortifié sur l’éperon rocheux à la sortie ouest de Céreste. Nous sommes à l’oppidum3 protohistorique des Blaques (Vè siècle avant JC) contrôlant le confluent Calavon-Encrême et barrant l’éperon des Epinettes. Il fait face, sur la colline d’en face, à l’oppidum de la Vache d’or à Viens. « Montagneux dans sa majeure partie, sauvage et couvert d’une épaisse forêt de chênes propice aux embuscades, le pays des Albiques offrait en effet un grand nombre de sites perchés qui avaient été solidement fortifiés ». Nous atteignons la pointe des Epinettes, point de vue extraordinaire sur toute la vallée s’étalant vers Apt, du haut de cet éperon rocheux nous apercevons la chapelle Saint-Georges dans la vallée de l’Encrême, issue du cartulaire d’Apt, une charte de 1117-1122 mentionne l’ecclesia Sancti Georgii comme dépendance de l’abbaye Saint-Victor de Marseille. Outre cette mention du deuxième quart du xiie s., l’édifice présente encore aujourd’hui les caractéristiques d’une église romane. La chaîne du Luberon, les villages du Castellet, Auribeau dans le fond, la profondeur du paysage nous laisse sans voix. Nous poursuivant ainsi en marchant sur le rebord de la falaise, dans la direction de la vallée d’Oppedette avec ses gorges, Viens apparait, les monts du Vaucluse dans le fond saupoudrés de neige, notre regard a du mal à se détacher de ce spectacle. Au bout du chemin qui aboutit dans une clairière, les ruines de la ferme de Bontemps s’étalent largement dans la plaine, c’est là que nous déjeunerons, au soleil, bien à l’abri, l’endroit est divin. Nous reprenons notre chemin en direction du Prieuré de Carluc. Les Romains tracèrent la Voie Domitienne destinée à relier Rome à l’Espagne. Sur cette route qui traverse Céreste ils créèrent un important relais : Catuiacia (origine du nom de notre village).
> Sur cette Voie Domitienne qu’empruntèrent armées et marchands durant l’Empire Romain et le Moyen-Age s’éleva au XIIè siècle l’Abbaye de Carluc, lieu d’accueil pour les pèlerins qui se rendaient à Compostelle. Le Prieuré et ses tombeaux creusés dans le rocher attestent de l’ampleur et de la beauté de cette fondation dans le charmant ravin de Cure. Ce lieu magique, où coule une source pérenne, était déjà occupé par les celtes. Certains y ont vu un site druidique. Plus tard, la voie domitienne qui joignait Rome à l’Espagne en passant par les Alpes traversait le village de Céreste. Des anachorètes s’y seraient installés lors de la pénétration du christianisme dans la région (IVe-Ve siècle). Certaines sources font état d’une bulle du pape Léon VIII, en date de 964 faisant don du monastère très ancien et abandonné à l’abbaye naissante de Montmajour. Guy Barruol, par contre, place la première trace écrite plus tard : Carluc étant cité dans un acte passé en 1011 entre la famille Riez et l’abbé Archinric. Ce dernier, abbé de Montmajour en 999, se serait retiré à Carluc dans les années 1005-1010 et il aurait alors assuré la rénovation. Toujours d’après Barruol, Carluc n’aurait été placé sous la dépendance de Montmajour qu’en 1118 par le pape Gélase II. Il en résulta la reconstruction du monastère que l’étude archéologique situe au milieu du XIIe siècle. Grâce aux dons de l’aristocratie locale, de la famille de Reillanne en particulier, le prieuré devint prospère et au début du XIVe siècle, quinze autres prieurés ruraux en dépendaient. Au XVe siècle, affaibli par des procès avec ses prieurés ruraux, Carluc perdit de son importance pour devenir au XVIe siècle un simple prieuré. Au début du XVIIIe siècle, les bâtiments conventuels sont en ruine, mais un vicaire de Céreste viendra dire la messe à la chapelle les dimanche et jours de fête. En 1790, elle était encore en bon état. Déclaré bien national par la Révolution, le site sera vendu et plusieurs propriétaires se succéderont.

Le chemin du retour nous fait passer devant la maison du garde barrière, l’ancienne gare de Céreste devenue colonie de la SNCF. Nous passons sur le pont de la Baou ni roman ni romain (pas même situé sur la voie domitienne), bien que ce nom figure toujours sur les cartes IGN et  les cartes postales ! le panneau d’information le confirme : il date du milieu du XVIIIè siècle. Un devis est établi par Georges Vallon, ingénieur de la Province, les travaux sont confiés par acte du 4 janvier 1740 à Pierre Terras, maçon de la ville de Reillanne. Voilà notre voyage est terminé. Que d’histoire parcouru en si peu de temps, par une belle journée.

Nous avons parcouru 12,5 km et fait 340m de dénivelé.

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